Lectures

Le 20.07.2010 dans A faire

Parmi les quelques essais lus récemment, deux méritent largement d’être connus. Paul Ariès, La simplicité volontaire, publié par La Découverte, offre sans doute ce qui se fait de mieux dans le grand débat sur la décroissance. Loin des nostalgies et des replis sur soi, il livre une puissante critique du tout à la consommation, en s’inspirant des meilleurs penseurs socialistes du XXe siècle. Rappelant que le capitalisme n’a jamais pu tenir lieu de lien social, et que la consommation sans entrave ne fait pas le bonheur, il appelle à une réflexion renouvelée sur l’idée de gratuité. Un peu à l’image d’un Paul Sansot qui dans son excellent Les gens de peu montrait toute l’importance, dans les milieux populaires, des plaisirs gratuits et de l’échange, Ariès invite à faire de la gratuité le fer de lance d’une gauche anticapitaliste moderne. Parce qu’à la puissance du désir de consommer, il faut opposer un désir tout aussi fort, et que la gratuité, en ce qu’elle s’oppose frontalement à la logique de profit sur laquelle repose le capitalisme, est susceptible de redonner l’envie de mener des combats collectifs pour l’école, l’accès à la santé, au logement, à la culture… Et parce qu’en soulevant la question du coût des biens collectifs, la gratuité pose en des termes intelligibles la difficile question de la répartition des richesses.

Plus classique, et un rien plus ardu, le dernier essai de Patrick Artus et Marie-Paule Virard, Pourquoi il faut partager les revenus, publié lui aussi par la Découverte, offre un excellent panorama de la situation critique dans laquelle se trouvent aujourd’hui les économies occidentales. Les pays émergents pariant de plus en plus sur une croissance interne et sur un développement technologique qui les met au niveau des pays d’ancienne industrialisation, les Européens auraient tort de penser que l’on peut relancer la croissance en pariant sur l’exportation. Confrontés par ailleurs à une forte hausse du chômage et à un endettement public élevé, nos pays ont peu de chance de voir un retour à une croissance stimulée par la demande intérieure. Face à ce double écueil, les Européens doivent d’abord parier sur la production de qualité, dans tous les secteurs, la seule voie qui offre des perspectives d’emplois durables. Il faut ensuite rééquilibrer la redistribution des richesses en faveur des revenus du travail qui seront dépensés, en reportant l’effort sur les revenus du capital, en faisant baisser les prix artificiellement gonflés par des effets de rente, et en réformant les marchés financiers de telle sorte que les exigences de rendement des investisseurs soient revus à la baisse, et l’épargne dirigée vers l’économie réelle.

Rien de très nouveau, me direz-vous ? C’est vrai, et tout cela fait même furieusement penser à l’idée de la « croissance sélective » que défendait le PS au lendemain de la grande crise des années 1970. Mais on a tant entendu le discours du tout au rendement immédiat, que ces quelques évidences méritent d’être rappelées, en des temps qui s’annoncent tout sauf simples.

Thèmes: Culture, Politique, Economie

Partager:

A tix02 & twentyeight website